Les Oiseaux

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Les colombes de la Paix, fragiles et mystérieuses, se sont envolées, comme tourbillonnant dans le Ciel, proche et immense
Tandis que moineaux et paradisiers luttent les uns contre les autres, dans une inculte et injuste et inextricable danse
Les vautours et les corbeaux, quant à eux, après une longue attente, ô ruses de la raison, se délectent des tristes vestiges de leurs pauvres camarades
Le paon et l’aigle, du haut de cette fausse hiérarchie, et impitoyable et infâme, observent patiemment les résultats, et, bientôt, devant tous, paradent
Le mythique Simorgh, du haut de l’Empyrée, à la fois superbe et amène, invisible pour beaucoup, Maître du temps grossier et du Temps subtil
Ne se dévoile bien qu’au Sage, ce drôle d’oiseau, qui, drapé d’étranges ténèbres, maintient l’Unité et l’équilibre de tous, comme le funambule sur sa corde, fine comme un fil
Ce dernier garantissant l’envol des coqs purpurins, et même des manchots, en notre triste temps
Mais comme le dit si brillamment le célèbre proverbe, une hirondelle ne fait pas le printemps.

Zac Egs

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Notre-Dame

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Cœur de Paris, Cœur de la France, à l’histoire héroïque et fidèle
Voici que le feu Te menace derechef, Toi la pieuse, Toi la grande, Toi la belle
Notre-Dame, aux antiques et mystérieuses origines, Notre-Dame aux séquaneux abords
Notre-Dame, aux effrayantes gargouilles, aux anges merveilleux, et à Saint Denis céphalophore

Notre-Dame, abritant la Sainte Couronne, Notre-Dame, témoin du sacre de l’Empereur
Notre-Dame, îlot de foi au sein de la plus belle des villes, Paris, ville du Sacré-Cœur
Les affres du feu, de cendres, ont, certes, par deux fois au moins, voulu te rendre
Mais, c’est sans compter la bravoure et la foi de certains, aux cœurs purs et tendres.

Zac Egs

La Nuit

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Aux quatre coins du monde, à jamais voilé
La Nuit a lancé ses noirs chevaux ailés
Montés par de mystérieux cavaliers, aux traits de carême
Aux étendards d’or et d’argent, d’ivoire et d’ébène
Guidant chacun selon sa compréhension et sa volonté
Des villes les plus riches aux confins du désert sacré
Le monde, entre ses mains, semble bien de cristal
Et l’homme, si puissant tout à l’heure, devient très pâle
Et tombe dans une léthargie profonde, aux portes de la mort
Qui, pour le Sage, symbolise comme une autre vie, un nouveau port
Pour ces éternels pèlerins, les hommes, traçant leur route dans l’univers
Choisissant chacun, du tapis formant la généreuse et vaste terre
Le fil qui le conduira à vivre et mourir, et enfin véritablement renaître
Loin des tumultes de la décadence des plaisirs et des peines du paraître.

Zac Egs

Le Symbole

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Fruit archétypal de l’Intellect Divin
Compréhension profonde du céleste Vin
Universel, Il est réunion, Il est Unité
Il est certes au cœur et ne saurait s’incarner

Et dépasse et la plèbe et ses dirigeants rusés
Pourtant, il ne relève pas de l’arbitraire, Il est le Point sacré
Ne relevant certes pas de la convention, issu du Centre,
Éternelle figure qui dans nulle catégorie ne rentre

Hiéroglyphe du Mystère, Gloire des Cieux
Repère pour les Amants du Merveilleux
Énigme pour les profanes, adversaires du Vrai
Il ne s’affecte ni n’est affecté par quelque trait

Le Symbole ne connaît ni passé ni futur
Il est présent de l’Olympe et Présence pure.

Zac Egs

Le paradis de verre

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Les portes du paradis de verre sont jalousement gardées
Par des démons et des anges plus ou moins bien lunés
Ces portes, recouvertes d’argent et d’or, ornées de désirs, luisent et chatoient
Au soir d’une vie maladroitement remplie, le profane s’y rend, avide et pantois

Le paradis de verre est, comme vous le voyez, une parodie
Une parodie de Paradis, une allusion à l’illusion, une vue pour une vie
Le paradis de verre est une forme de folie, subalterne et inconsciente
Le paradis de verre relève vraiment d’une mystique décadente

Myriades d’intensités, mille éclats, multitude d’épaisseurs
Le paradis de verre se construit sournoisement, au cœur
Il détient les clefs de la ruine de la communauté et de l’homme
Il est certes de la discorde l’horrible et néfaste et putride pomme

Le paradis de verre, que tout le monde cherche et qu’on ne trouve
À moins de se tromper et de tromper, à moins d’une chute difficile
Car il est le leurre suprême, l’idole de zircon, ce que le sage improuve
Car il est la fausseté incarnée, l’imagination nauséabonde, la défunte île

Le paradis de verre fascine mais n’émerveille point
Il intrigue mais n’intéresse ni les autres ni les uns
Il est le dragon caché derrière la rose d’apparat
Il est l’obscur, posté bien en-deçà de l’appât

Qui voudrait s’y rendre ? Qui voudrait le quitter ?

Zac Egs

La question du silence

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Silence, océan sans rivage de la compréhension profonde du monde. Le silence et la patience, valeurs étroitement liées, symbolisent aussi les plus hautes des vertus. L’on ne trouvera guère d’ami que le silence mêlé à la bonté face à l’ennemi ou à la remarque déplacée d’un ami. L’on fait dériver le terme silence du terme latin silentium, de silere, se taire. L’on dit aussi que le terme français silence s’origine dans le terme gothique silan, être tranquille. Pourrait-on se permettre de le rapprocher et par conséquent de lui donner pour racine le terme sanskrit शिलोय (« çileya », d’après le dictionnaire sanscrit-français écrit par le philologue et indianiste Émile Burnouf et publié en 1866) ? Çileya signifie comme un roc, en sanscrit, ce qui pourrait faire surgir en notre mémoire la grandeur du sage, dans son indifférence, sa solidité par rapport aux passions, son aptitude à venir à bout de ces dernières. Et comment trouver cette indifférence par rapport aux passions ? Dans le silence, ceci est plus que sûr. Et quel plus grand soulagement, quelle plus grande prise de distance par rapport aux passions que d’observer le silence ? Tout ceci nous interroge fortement, en cette fin de cycle. Comment atteindre l’ἀπάθεια (apatheia) ou pureté virginale ou encore impeccabilité si ce n’est par la Voie du silence, par une sorte de μετάνοια (metanoia) (conversion spirituelle) ? Mais quels sont les effets de la pratique du silence ? Le Professeur Paul Avan, chercheur en Cognition Auditive et Psychoacoustique à la Faculté de Médecine de Clermont-Ferrand, nous indique que le silence est une absence de bruit. Très intéressante remarque lorsque l’on sait que le terme bruit, issu du terme bas-latin brugitus, qui signifie bruit, peut aussi être comparé au terme breton brut, qui a une parenté évidente avec le terme français homographe et homophone brut, et que brut en français descend du latin brutus, qui signifie quant à lui, brut, lourd, stupide. Quoi de plus clair dans les propos du Professeur Paul Avan, lorsque l’on se plonge soigneusement dans le monde des étymologies ? Le neuroscientifique Marcus Raichle nous indique : « Le calme m’aide à passer en revue les pensées qui me traversent l’esprit ». Cultiver le véritable silence, c’est s’abstenir de parler et intérieurement et extérieurement, pour ainsi dire. C’est devenir soi réellement en faisant table rase de toutes ses intensités égoïques, de toutes ses émotions. C’est, en quelque sorte, s’exercer à une sorte de désir mystique. Pureté et tranquillité sont bel et bien à la base de toute civilisation pérenne. Certes le mental reste le premier ennemi potentiel de tout individu qui aspire à la connaissance de la Vérité. Par conséquent, il est nécessaire de maîtriser autant que faire se peut, la faculté de la parole. Bien évidemment, il ne s’agit point de rester silencieux plus de quelques jours consécutifs, par exemple une cure de trois jours, et encore ceci paraîtra déjà excessif pour certains, car il y aurait alors des risques de désadaptation et une trop grande distance par rapport au monde extérieur, ce qui ne serait pas profitable à un cheminant sur l’âpre itinéraire de la réalisation spirituelle, l’itinéraire vers Dieu. Le mot qui est sorti, pour ainsi dire, est bien souvent perdu. De nos jours, le mot utile et bienfaisant est rarement apprécié à sa juste valeur et rarement utilisé dans le bon contexte, au bon moment, au bon endroit. Le silence était une valeur très élevée chez les Anciens, et peut paraître par trop rigide, peut-être, pour les modernes. Les modernes sont, en effet, le produit d’une société malade, obsédée par l’acquisition, si d’acquisition nous pouvons parler, par les deux instances de domination que sont la sexualité et l’argent. Néanmoins, l’on trouve encore, fort heureusement, de nombreuses personnes s’adonnant à cette saine mais difficile pratique. L’on trouve une grande sérénité et une absoluité divine dans le silence, lorsque ce dernier est libre de toutes entraves et morales et mentales. Les effets du silence lorsqu’il est pratiqué sérieusement et avec mesure sont nombreux : meilleure concentration, accroissement des capacités mémorielles, apaisement des passions internes et externes, diminution du nombre des idées adventices, lucidité accrue, meilleure maîtrise de soi-même, notamment. Mais tournons-nous vers les Anciens pour mieux comprendre la question du silence. L’Immense Pindare, dans ses Odes Néméennes, ira jusqu’à nous faire comprendre que le silence est véritablement la plus haute sagesse de l’homme : « Il n’est pas toujours utile de montrer la face de la Vérité nue, et le silence est souvent pour l’homme ce qu’il y a de plus sensé. ». Un être qui maîtrise son cœur, son sexe, mais aussi sa langue, comme dirait le Sage Anacharsis, est certes un être de grande valeur. La σιγή (sigê) des Anciens, qui est en lien étroit avec le μύθος (mûthos), serait une expérience très avantageuse à mettre en œuvre, notamment en neuropsychiatrie, ce qui irait de pair avec le Tsedeq (צֶדֶק), la notion neuropsychiatrique de la sincérité, notion apportée par l’Éminent Professeur Henri Baruk. C’est une des meilleures techniques pour appréhender l’Éternité, l’αἰών. « Évite que ta langue ne devance ta raison. » nous dit Chilon de Sparte, l’un des sept nobles sages présocratiques, le divin homme qui mourut de joie. On attribue à l’Excellent Pythagore les propos suivants : « Apprends à faire silence, que ton esprit en paix écoute et absorbe. » Dans la tradition hébraïque, dans le Talmud, il est écrit : « La parole est d’argent, le silence est d’or. » Cette analogie entre la faculté de la parole et le métal est fort intéressante : le métal est la matière qui forme nos monnaies, nos armes aussi hélas, donc du dilemme souvent posé entre guerre et paix, et quelle plus grande arme et quelle plus belle monnaie d’échange que le silence ? Que dire sinon que le silence est le plus beau garant de la Paix ? Dans le Livre des Proverbes, XXII, 7, il est écrit : « Le riche domine les pauvres, du créancier l’emprunteur est esclave. » Ce qui pourrait être interprété de la manière suivante : l’emprunteur est celui qui use de la parole avec excès et le créancier pourrait être considéré comme celui qui écoute. Zacharie, 2:13 : « Que toute chair fasse silence devant l’Éternel ! Car il s’est réveillé de sa demeure sainte. ». Ceci semble être assez clair à nos yeux. La chair et la bouche ont en commun plusieurs points : ce sont deux portes essentielles de l’individu, ce sont deux portes de construction de la personnalité profonde. La chair ne saurait être considérée comme égale à l’Intellect, au νοῦς, loin de là, même si aujourd’hui, on tend à faire de la sexualité une obsession alors qu’elle n’est pas autre chose qu’un moyen de reproduction et un besoin légitime lorsqu’elle est pratiquée avec maîtrise. Les Psaumes ne disent-ils pas (39.2 (39 : 3)) : « Je suis resté muet, dans le silence ; Je me suis tu, quoique malheureux ; Et ma douleur n’était pas moins vive. » Ce bâillon dont parle le Patriarche et Prophète-Roi David est d’une céleste beauté. Chez Maître Eckhart, dans le Sermon 9, l’on peut lire « car là Il est seul dans son silence », au sujet de Dieu. « La Parole gît cachée dans l’âme, de sorte qu’on ne la sait ni ne l’entend, à moins qu’on ne lui ménage une écoute dans le fond, autrement elle n’est pas entendue ; plutôt, toutes les voix et tous les bruits il faut qu’ils disparaissent et il faut que ce soit là un calme limpide, un silence. De ce sens je ne parle pas davantage. » (extrait du Sermon 19, Sermons de Maître Eckhart) La Chrétienté toute entière, et à sa tête le Christ et la Vierge Marie, donne une superbe image du silence, du silence monastique notamment. Dans la très belle langue araméenne, Ahiqar dira, quant à lui : « Mieux vaut glisser du pied que de la langue. » Dans le monde musulman, de la même façon, nous retrouvons ce silence monastique, notamment dans le Soufisme, qui symbolise le cœur ésotérique de l’Islam, s’employant exclusivement à la Connaissance de Dieu et non au prosélytisme. Dieu, comme dans le christianisme, y est considéré comme l’Essence de toute chose. Djâmi, dans Béharistan, « Deuxième Jardin », dira d’un ton mystérieux : « Sur ce que je n’ai pas dit, j’ai plus de puissance que sur ce que j’ai dit. » À la manière d’un certain Ibn Arabi, il s’agit, conséquemment, de vider complètement son cœur et son esprit de toute image mentale avant que d’aborder quoi que ce soit. Cette vacuité est le garant de la protection des communautés et des sociétés. En arabe, il dit littéralement que la vacuité engendre la pensée et que la pensée engendre la Présence. Or, comment envisager une quelconque vacuité lorsque la bouche n’est pas close ? Ceci nous paraît fort difficile à réaliser. Le silence est de la plus grande utilité pour un orateur, pour un ami du parler lui-même. Rares, il est vrai, sont ceux qui savent apprécier la conduite d’un être de silence. Plusieurs personnes tourneront le dos à une personne silencieuse, se montreront agressives, l’insulteront même. Et c’est exactement à ce moment qu’il ne faut point céder à leurs avances colériques, si nous tentons ici un parallèle assez facile entre ire et désir. C’est ici que commence la grande libération, sans extase mais plutôt en instase car quel être plus excellent que celui qui se tait face à l’injustice ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de s’enfermer dans un mutisme perpétuel et buté ni dans un mutisme tout court. Non, bien au contraire, il est plutôt question de se rapprocher d’un certain hésychasme, d’une pratique pure et détachée de toute contingence. Nonobstant le fait que le silence se révèle être d’une grande utilité dans la résolution des idées adventices, il se trouve qu’il est aussi, pour une personne saine d’esprit, un bon moyen de se rapprocher de la sphère du divin. En arabe, la racine trilitère صام (sâm) signifie, non seulement, jeûner, mais aussi être silencieux. Le rapprochement fait ici entre le jeûne et le fait de rester tranquillement silencieux, nous semble grandement intéressant. De plus, l’on sait que les Soufis « collent » leur langue à leur palais lors de certaines pratiques ésotériques afin de montrer la distinction claire entre évocation ésotérique intérieure et énonciation extérieure ou intérieure, cette dernière étant bien souvent vulgaire. Un proverbe soufi nous dit aussi : « La Sincérité est la perle qui se forme dans la coquille du cœur. » Un autre adage soufique dit : « Il faut être constamment extérieurement avec les hommes, et intérieurement avec Dieu. » En ce qui concerne l’Īrānshahr, l’on rapporte que les Mazdéens observaient le silence pendant les repas. Ce qui nous paraît très beau quand on a vu qu’en arabe le verbe trilitère correspondant au verbe français jeûner signifie être silencieux. Un proverbe persan dit : « Une langue longue raccourcit la vie. ». Restons en Asie et tournons-nous vers l’Empire du Milieu. Confucius a dit : « Quatre chevaux attelés ne peuvent ramener dans la bouche des paroles imprudentes. » (Livre des sentences, XII, 8.) Bien qu’ici la Voie métaphysique soit d’un plus grand intérêt, et même de loin, la sage parole de Confucius n’en demeure pas moins véridique pour autant. Le Grand Lao Tseu, dans la traduction donnée par l’éminent Léon Wieger, dit, au Chapitre cinquante-six : « Celui qui parle (beaucoup, montre par là qu’il) ne connaît pas (le Principe). ». Le silence est un point essentiel pour la concentration et le bien-être, bien-être tout d’abord spirituel. Un proverbe japonais dit : « Les mots que l’on n’a pas dits sont les fleurs du silence. ». La notion de non-dit est ici à comprendre en tant qu’effacement de l’individu par rapport à l’Essence, à l’Ἑστία. Cet effacement n’est pas sans faire émerger en nous des notions soufies tel que le فناء (fâna)ou annihilation de soi-même en Allah. Si quelqu’un passe sous silence, en quelque sorte, ses passions, s’il arrive à les faire taire, il atteindra la Vérité. En ce qui concerne la notion de silence dans le Bouddhisme, nous retrouvons dans le Dhammapada (stance 227), texte du canon bouddhique pāli, une parole de sagesse et de plein bon sens: « Voici un vieux et incomparable dicton, qui n’est point d’aujourd’hui : « Celui qui est assis en silence, on le blâme ; celui qui parle beaucoup, on le blâme ; celui même qui parle avec mesure, on le blâme. Nul n’est à l’abri du blâme en ce monde » » Cette stance est une triste constatation en même temps qu’elle distingue bien deux chemins ou plutôt deux directions bien distinctes d’un même chemin. En sanskrit, le terme français silence se traduit par le terme मौन (mauna), signifie aussi ascétisme. Dans le Rig Veda ou Livre des Hymnes, lecture huitième, hymne I, et ce d’après la traduction donnée par Alexandre Langlois en 1870, nous trouvons, au verset quatre : « Ramenant la parole et la prière, l’Aurore répand ses teintes brillantes ; elle ouvre pour nous les portes (du jour). Elle illumine le monde, et nous découvre les richesses (de la nature) ; elle visite tous les êtres. » Pour ce qui est de l’ancienne et très riche civilisation égyptienne, le sublime Ptah-Hotep nous enseigne que « Si tu rencontres un débatteur en action, ton égal, celui qui est à ton côté, agis en sorte que ta supériorité sur lui se manifeste par le silence, alors même qu’il parle mal. » (Maxime n°3) L’on trouve encore dans la Maxime n°9 : « Si tu laboures, et si la croissance s’effectue dans le champ, parce que Dieu la donne en abondance dans ta main, n’en aie pas plein la bouche auprès de ton voisinage, car l’on éprouve un grand respect pour le silencieux. » Quel plus parfait débatteur ou voisin que cet homme ? Quant au noble et fin roi Amenhemhât, plus de mille ans avant l’Ère chrétienne, il se contentera de dire, dans les Enseignements, « La langue de l’homme est le gouvernail de son navire. » Ani, dans sa très grande et noble sagesse, dit encore : « La langue est la ruine de l’homme. ». Dans le discours amoureux, le silence ne tient-il pas une place prépondérante, pour ne pas dire cruciale ? Capiteux silence que voilà. Mais Amour, silence et patience ne sont-ils pas créateurs de Vie, au sens plein du terme ? Néanmoins, l’on peut être silencieux sans être licencieux. Même une haine tenace ne saurait tenir longtemps face à un silence empli de sérieux et d’humilité. Le silence est certainement l’expression la plus simplement élaborée de l’Amour Essentiel, qu’il s’agisse d’une sous-catégorie de l’Amour ou de l’Amour Essentiel lui-même. Le silence est d’au moins deux sortes : le silence fourbe de celui ou celle qui trame quelque complot et le silence véridique du sage, tranquille et apaisé, comme dans une sorte de béatitude. Bien évidemment, nous aurions pu parler du mutisme, qui signifie l’absence d’expression verbale, en particulier d’origine psychiatrique, mais ce n’est pas ici le propre de notre étude. Par ailleurs, parfois, une voix sincère, une véridique, belle et bonne parole, est empreinte d’un radieux silence, si bien qu’elle l’engendre lui-même, ici dans l’acception extérieure du terme, et le met au service des hommes. Dans l’Avesta, il est assez souvent fait mention de ces expressions : « le bien penser, le bien parler, le bien agir. », notamment dans le Yesht de Çraosha, d’après la traduction donnée par le passionné d’archéologie et d’égyptologie, Guy Rachet. Il est bien visible aux yeux de tous que le silence est le témoin d’une haute spiritualité et demeure dans l’élocution même de ses pratiquants. Parlera-t-on de fonction illocutoire ? Non, mais bien plutôt de Parole Incréée, de cette transcendance perdue pour bon nombre d’entre nos contemporains. Lorsque Socrate prend le temps de se purifier, c’est pour marquer cette coupure d’avec l’ordre grossier, c’est pour montrer le droit chemin à un peuple qui ne tarda pas à sombrer. L’on pourra se poser cette question bien légitime : quel est le signe précurseur majeur de la périclitation, notamment culturelle, d’une société ou d’une communauté ? C’est, à vrai dire, le fait de modifier de fond en comble sa langue et de pencher vers le langage, c’est-à-dire employer des mots sans racines étymologiques sûres et donc, par là même, sans racines sacrées, cela va de soi. La distorsion des mots, le fait de les déformer, le fait d’inventer des mots dépourvus de sens véritable, donc d’étymologie est un signe avant-coureur de la catastrophe. L’éducation de nos enfants aura à en souffrir pendant de longues années encore. Il est coutumier, aujourd’hui, pour de pas dire d’une habitude révoltante et malsaine, de consigner des mots sans racines dans le dictionnaire, qui reste tout de même la référence majeure de notre grande, belle et véridique langue française. Sans communion, c’est-à-dire sans articulation correcte de mots entre eux, communication. Sans racines, c’est-à-dire sans étymologie, désordre dans la Cité. Sans ordre, chaos mais certainement pas au sens d’un chaos primordial, non, loin de là, ici l’on parle de chaos au sens de déchirure, de destruction, hélas. Le silence, comme il devrait être pratiqué dans des écoles et des collèges par exemple, pourrait-il remettre sur le droit chemin nos écoliers bavards, grossiers et désorientés ? Nous pouvons gager que la réponse à cette question principielle quant au domaine éducatif est positive.

Zac Egs

Le Saint et l’Infâme

Arbre

Le Saint et l’Infâme ont certes bien voisines maisons
Pourtant, tout les sépare, et la forme, et le son, et le ton
Le Saint a rendez-vous, c’est certain, avec les flammes,
L’Infâme aussi, mais l’un souffre Dieu, l’autre se pâme
Aduste chemin pour l’Infâme, résolution tranquille pour le Saint
Cautèle pour le premier, Pureté pour le second, aux ailes d’airain
Sagesse pratique chez le second, folies et plaisirs éphémères pour le premier
Perte et danger pour le premier, Compréhension profonde pour le dernier
Turbulence pour l’un, et pour l’autre, apaisement et repos
Pain de froment pour l’un, pain de son pour le pauvre en ego
Travail pour le premier, paresse pour le second au visage pâli
Comparé à la brillance du second, d’un être qui prie et qui lit
L’Infâme ne peut franchir le pont, pour sortir indemne de ce monde
Quant au Saint, Il continue sa prière, déjà débarrassé de la matière, sur l’onde
L’Infâme vit et reste sur terre, puis il périt, dans un sombre et triste drame
Et le Saint est appelé à mourir sous le tranchant du sabre de l’Infâme.

Zac Egs